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Entrevue avec Régis Lacote directeur de l’aéroport Paris-Orly

Alexandre Sejdinov : M. Lacote je vous laisse la parole.

Régis Lacote : Le monde des taxis est un monde qui m’était inconnu, je n’avais que l’expérience d’un client parisien occasionnel comme la plupart des gens, c’est au travers de mon poste actuel et des réunions de travail, que j’ai découvert l’envers du décor et les professionnels taxis.

Ces 3 dernières années ont vu se moderniser l’aéroport Paris-Orly, où le groupe ADP aura investi un milliard d’euros entre 2016 et 2020. Le programme « Nouvel envol’ a été imaginé en 2010, a débuté en 2013-2014 et se terminera en 2021. Il traduit une volonté, un renouveau, une modernité parce que nous croyons dans ce site industriel, nous croyons dans ce formidable outil au service de l’attractivité des territoires du sud francilien et de Paris. L’aéroport d’Orly avait peu évolué depuis l’ouverture en 1961 d’Orly Sud et 1971 d’Orly Ouest. Nous devions moderniser cette plateforme pour répondre aux nouvelles exigences de sécurité et satisfaire l’attente de nos clients, les compagnies aériennes et les passagers.

Dans cette modernisation en marche, nous n’avons pas oublié les professionnels que sont les taxis. En mettant en place de nouvelles infrastructures qui correspondent à leurs besoins.

Cela nous a amené à venir au contact des taxis et de leurs représentants. Les premières rencontres furent tendues, nous avons dû faire face à un mouvement de grogne en début d’année. Il traduisait l’expression d’un ras le bol sur différents sujets, dont le plus important était le racolage. Il y avait un besoin fort de construire une relation de confiance  avec la profession des taxis. Mon collègue Marc Houalla, Directeur de Paris—CDG et moi-même, avons pris nos fonctions en même temps, en février 2018. Pour nous, ces échanges  ont été une chance de venir au contact d’une communauté de professionnels, de se mettre autour d’une table et d’essayer de se comprendre. Cela nous a permis de pouvoir expliquer pourquoi nous faisions tous ces changements, d’expliquer que les habitudes des taxis allaient changer et d’expliquer enfin que ce n’était pas une volonté de leur nuire mais bien la volonté de leur apporter du mieux. En contrepartie, les professionnels ont pu nous faire part de leurs problèmes et des difficultés qu’ils rencontraient. Il nous appartenait de leur apporter des réponses et des solutions.

Ce travail a été très profitable parce que nous avons pu réunir autour de la table plusieurs acteurs : le gestionnaire de l’aéroport, les professionnels des taxis via leurs syndicats en incluant les centrales de réservation et en y associant les services compétents de l’Etat, tel que le sous-préfet Pierre Marchand-Lacour, ainsi que le prestataire de la base arrière des taxis, City One. 

Petit à petit, nous améliorons la vie des taxis, c’est en tout cas l’engagement que j’ai pris vis-à-vis d’eux. Comme je le dis parfois : « Nous n’avons pas le droit de ne rien faire, nous nous devons de faire évoluer les process et si une action n’atteint pas les objectifs attendus, nous essayons autre chose ». Nous sommes dans cette démarche constructive avec les taxis.

AS : Qu’est-ce qui va concrètement changer pour un chauffeur de taxi qui dépose à Orly et qui va attendre à la base arrière ?

RL : La base arrière existe à Orly depuis le début de cette année ; celle-ci dessert les trois zones de prise en charge : Orly 1-2, Orly 3 et Orly 4. Depuis sa mise en service, nous travaillons à l’amélioration de son fonctionnement. Nous mettons à leur disposition, de l’information en temps réel : sur les temps d’attente à la BAT (base arrière des Taxis), sur le taux de remplissage de la base, sur les temps d’accès aux différentes prises en charge. Tout cela est en train d’être développé par nos équipes techniques, pour donner ces informations en temps réel. 

Aujourd’hui 75% de la prise en charge s’effectue à l’ouest de la RN7, c’est-à-dire entre Orly 1-2 et 3, alors qu’auparavant nous avions un équilibre à 50/50 entre Orly Ouest et Orly Sud. C’est ce changement qui a rendu nécessaire la base arrière, mais elle doit être plus efficace. Notre souci, c’est d’optimiser son fonctionnement, notamment grâce à l’information en temps réel.

L’aéroport connaît par moments des problèmes de remplissage. L’on manque de taxis, car souvent ces derniers ne savent pas que la base arrière est vide ! Ils ne restent pas  et ne reviennent pas. Pour remédier à ce problème, nous travaillons sur un nouvel algorithme qui va permettra de bien mieux réguler, la prise en charge.

AS : Connaissant mieux Roissy, j’ai souvent vu une mauvaise régulation humaine entre les terminaux.

RL : Aujourd’hui, en cas d’erreur, le taxi peut être redirigé, sans repasser par la base, vers un terminal où il va charger.

Notre souhait est une régulation qui soit la plus intelligente possible, qui intègre en temps réel les vols qui arrivent et le nombre de passagers et ce dès le premier semestre 2020. Ces informations vont aussi être communiquées aux centrales de réservation telles que G7 et Alpha qui pourront les intégrer dans leurs applications et informer les taxis.

AS : Selon Rabah Toursel, secrétaire adjoint FO, que je remercie, pour nous avoir mis en contact, le racolage a enfin commencé à diminuer à Orly, mais l’effort doit continuer.

RL : Je pense pour y avoir travaillé assidument, connaitre bien le sujet. La problématique d’un aéroport c’est que nous sommes dans un lieu public et nous ne pouvons pas choisir qui peut ou ne peut pas circuler dans cette zone. 

AS : Votre fonctionnement est celui d’une société privée.

RL : C’est ça, c’est pour dire qu’à contrario de la Sncf ou de la Ratp, nous n’avons pas le pouvoir de police et donc de sanction. Avant 2004 le directeur général d’Aéroports de Paris était détenteur d’un pouvoir de police. Aujourd’hui, nous avons besoin des services de l’Etat pour assurer la sécurité. Notre chance, c’est que l’Etat vient de nommer un préfet délégué aux aéroports parisiens en charge de la sureté et de la sécurité. Il est rattaché au préfet de police de Paris. A Roissy siège le préfet et à Orly nous avons un sous-préfet qui lui est rattaché. Le sous-préfet, Pierre Marchand-Lacour, qui coordonne les services de l’Etat, est quelqu’un de très efficace et très à l’écoute de la compréhension des enjeux du site industriel que nous sommes et de ce que nous représentons pour la France. Nous cherchons à trouver ensemble des solutions dès lors que les problèmes se présentent. Grace à notre action conjointe il y a eu une nette amélioration de l’occupation du terrain par les forces de l’ordre et des contrôles qui sont faits sur les racoleurs et leurs véhicules, en leur rendant la vie difficile, leur nombre a diminué. Nous allons poursuivre et systématiser le déploiement des dispositifs de contrôles sur les zones de dépose et de prise en charge, y compris sur les parkings professionnels dits pré-réservés sur lesquels nous devons progresser. Nous attachons également une surveillance particulière aux badges RFID et avons renforcé le contrôle des documents qu’il faut produire pour disposer d’un badge. Cela a été le cas chez les taxis, dans notre base RFID, nous avions 40 000 badges pour 20 000 licences parisiennes. Cette année toute la base concernant les taxis a été apurée. Nous allons faire la même chose pour les VTC. Ce qui va permettre petit à petit de renforcer le contrôle aussi bien physique qu’administratif, si on ajoute à ça la présence de contrôle sur les lieux où il y a du  racolage numérique, nous allons réduire encore leurs agissements. Ce qui permettra aux TAXIS et au VTC  qui exercent leur métier en respectant la loi de ne plus subir les exactions des racoleurs. 

Eradiquer les racoleurs est notre priorité avec le sous-préfet Pierre Marchand-Lacour, c’est un travail quotidien et de longue haleine, mais je dois dire que des parmi les racoleurs il y a aussi certains taxis ou vtc « officiels » qui ne veulent pas respecter les règles.

AS : des brebis galeuses il y en a partout.

RL : Le Groupe ADP a été affecté par l’image désastreuse que le racolage a donné des aéroports parisiens et de notre pays, c’est pourquoi nous nous sommes investis dans la lutte contre le racolage et que nous continuerons à intensifier nos efforts. Vous avez peut-être vu ou suivi une grande campagne de communication que nous avons menée auprès des passagers pour les prévenir et les prémunir contre le racolage. Sur le fait que prendre un faux taxi comporte des risques, sur la façon de reconnaitre un vrai taxi d’un faux taxi. Le Groupe ADP est, depuis le début d’année, dans ce travail, de prendre des mesures en accord avec les taxis et de les tenir.

AS : Qu’est-ce qui vous tient à cœur ?

RL : C’est de faire progresser significativement l’expérience de nos clients, pour que les aéroports parisiens évoluent significativement en termes de notoriété et je pense qu’on a tout pour : de belles installations, des projets d’amélioration. Nous avons besoin des taxis à nos côtés pour faire progresser…

AS : l’image…

RL : Oui ! L’image de l’aéroport et l’image de la France en général. Pour moi, la profession des taxis est un partenaire essentiel et clé, de la progression de l’image, de la perception des touristes quand ils arrivent à Paris, en premier lieu dans les aéroports, parce que c’est là qu’ils arrivent pour rejoindre ensuite la capitale. Il est essentiel qu’on travaille bien en osmose et qu’on se comprenne bien mutuellement sur leurs attentes et nos besoins. 

AS : Même si ce n’est pas dans votre sphère de décision, je sais que vous avez un pouvoir de persuasion envers le gouvernement, je veux parler des forfaits aéroports qui n’ont pas été revalorisés depuis quatre ans et qui…

RL : Les forfaits font débats au sein de la profession des taxis, y compris entre les syndicats qui ne sont pas toujours d’accord entre-eux, entre ceux qui disent que les forfaits sont bons et ceux qui sont contre. Il me semble que les forfaits ont permis aux taxis de regagner de la clientèle.

AS : C’est ce que vous dites.

RL : C’est ce que j’ai perçu, après je comprends qu’il puisse y avoir une discussion sur l’évolution des forfaits. Ce que je constate, c’est qu’à l’international, un grand nombre de capitales propose un forfait taxi. A New-York, le touriste sait qu’il y a un forfait, il connait le prix à l’avance et il est rassuré, c’est la même chose à Paris

AS : Je peux vous dire que la majorité des taxis ne sont pas contre les forfaits, ils sont contre le fait de devoir travailler à perte.

Il est vrai que le forfait a permis de rassurer un certain nombre de clients.

RL : Et ça, c’est vrai, puisque les clients nous le disent, qu’ils sont rassurés par le prix fixe qu’ils auront à payer quelle que soit l’heure.

AS : Oui c’est très bien, sauf que lorsque le client monte à Orly pour rejoindre Paris et que la course se déroule dans un temps « raisonnable » alors oui le forfait à un sens, mais lorsque le taxi est pris dans des bouchons et qu’il met trois fois plus de temps pour déposer le client le compte n’y est plus, le taxi travaille à perte. Et ce qui risque d’arriver si ça continue, c’est que vous ne puissiez plus trouver des taxis à Orly aux heures de pointe.

RL : Oui je comprends tout à fait le problème et c’est un sujet parmi d’autres que nous allons évoquer avec les autorités, je conçois qu’il n’est pas logique pour n’importe quel professionnel de travailler à perte.

AS : Taxi c’est une tarification réglementée, alors que les plateformes tels qu’Uber et consœurs peuvent moduler leur tarifs. Je vous demande de sensibiliser vos interlocuteurs au sein du gouvernement pour qu’il n’y ait plus cette injustice.

RL : Nous nous faisons l’écho de la profession, nous trouverions opportun qu’il y ait de nouvelles discussions entre les taxis et l’Etat, la DGCCRF, pour faire un état des lieux et de la situation. Est-ce qu’on réévalue les forfaits ou est-ce qu’au bout d’un certain temps le compteur se remet en marche ce sera aux taxis de faire les propositions les plus pertinentes.

Moi je ne peux prendre position, mais ce que je peux dire, c’est qu’on a compris que ce sujet est très important pour les taxis, et que ce sujet doit à nouveau être discuté et on appuiera très fortement pour que la discussion puisse aller au bout.

AS : merci pour cette réponse et ce soutien.

RL : Je vous en prie, mon souhait c’est que vos lecteurs sachent que nous mettons tout en œuvre pour que leur travail soit facilité, sécurisé et se déroule dans les meilleures conditions possibles. Il est vrai que par le passé il y a eu des loupés mais là je trouve que nous sommes tous dans une démarche très positive.

AS : Est-ce que vous pensez qu’à Roissy Charles de Gaulle, il y a la même volonté que la vôtre ?

RL : Oui tout à l’identique, le directeur de CDG, Marc Houalla et moi, avançons de concert sur les sujets.

AS : Ils ont aussi des groupes de travail ?

RL : Pareil, l’intersyndicale des taxis a des réunions de suivi périodique des sujets à Charles de Gaulle comme à Orly et on se retrouve des fois ensemble sur des sujets communs avec l’intersyndicale. Après chaque plateforme a ses spécificités et Marc travaille avec ses équipes comme je travaille avec les miennes.

AS : A quelle date est prévue l’ouverture de la piste qui est en travaux ?

RL : Elle va ouvrir conformément à nos engagements le 2 décembre cette année. Il y a 18 mois on a dit que nous allions faire ce chantier et le terminer à temps, et finalement nous allons faire ce que nous avons dit.

AS : cette piste va-t-elle augmenter le nombre d’avions ?

RL : non, en fait c’est l’ancienne piste que nous avons reconstruite pour des raisons de sécurité, elle datait de 1947, elle avait fait son temps, il nous fallait  reconstruire la structure de la chaussée.

AS : il n’y aura donc pas d’augmentation du nombre de passagers à Orly ?

RL : Il n’y aura pas plus d’avions, mais les nouvelles lignes et le remplissage plus important des avions, feront qu’il y aura une augmentation du nombre des passagers. Le nombre de passagers par vol, ce que nous appelons l’emport moyen a bondi de 110 passagers dans les années 2010 à 145 en 2018. 

AS : Merci monsieur Lacote de nous avoir rendu visite.

RL : Merci à vous pour votre accueil.

Rendez-vous est pris pour refaire un point en juin 2020

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