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Entrevue avec Mohamed Tombari

Entrevue avec Mohamed Tombari

Mohamed Tombari : Je viens me plaindre, parce que les pouvoirs publics, la préfecture, le ministère de l’Intérieur, qui sont chargés d’assurer l’ordre dans les aéroports, sur la voie publique, ne le font pas ou ne le font pas suffisamment. Il y a dans le transport de personnes un grand désordre par la concurrence sauvage, mais aussi par le comportement de certains taxis qui se permettent de faire eux-mêmes le prix des courses sans respecter la réglementation. C’est le cas aux aéroports et à la gare du Nord.

Alexandre Sejdinov : Oui, mais ça doit être des cas exceptionnels.

MT : Quand j’ai commencé le taxi, il y avait de l’ordre. Il y avait des voitures banalisées pour surveiller les taxis, il y avait de l’ordre et une peur, aujourd’hui même la peur a disparu. 

AS : Si je te comprends bien, tu viens dire que t’as le ras-le-bol de ce désordre

MT : Oui parce que c’est nuisible à la profession, si un touriste se fait arnaquer par un taxi c’est nuisible à toute la profession. La prochaine fois, il ira chez nos concurrents.

AS : Oui, mais c’est des cas isolés qui ont toujours existé.

MT : Moi qui suis sur le terrain chaque jour, je constate que c’est en train de se propager comme une épidémie. À la gare du Nord, une collègue taxi m’a demandé de prendre sa passagère parce qu’elle prétendait être en panne, et lorsque j’ai discuté avec la cliente, cette dernière m’a dit que ma collègue n’était pas en panne, mais qu’elle lui a réclamé 70 € pour aller dans le 15e arrondissement de Paris.

AS : C’est une taxi que tu connais ?

Mohamed Tombari : Oui, je la connais. Ce fait s’est produit il y a un an et depuis ce genre de comportement s’amplifie et nuit à l’ensemble des taxis. La police doit faire cesser cette hémorragie.

Je m’adresse aux autorités : « qu’est-ce que vous faites ? » 

AS : tu sais, Mohamed que je défends les taxis et que ce que tu dénonces n’est pas le comportement de la majorité des taxis.

MT : Oui, c’est vrai, mais si l’on ne fait rien c’est la porte ouverte à une détérioration de la situation.

AS : Je rappelle que les taxis sont surveillés par les Boers et peuvent être sanctionnés par la commission de discipline.

MT : Oui, mais les Boers ne sont pas assez nombreux ce qui rend leur mission peu efficace.

AS : Que proposes-tu Mohamed ?

MT : moi je veux la justice, je propose que s’il y a un groupement de taxis, qui partagent mes postions, de saisir la justice.

AS : Ouvrons le débat sur le taxi et notamment sur une idée que tu as sur la corrélation entre amour ou haine des clients pour les taxis.

Mohamed Tombari chez Taxi Consulting

Mohamed Tombari : Partout où les clients aiment leurs taxis, les VTC n’ont pas pu s’installer durablement, c’est vrai à Barcelone, c’est vrai en Allemagne et c’est vrai en Turquie et d’autres pays comme le Japon. À Paris si les autorités interdisent les VTC, les clients du 16e arrondissement descendraient dans la rue pour protester : « rendez-nous notre Uber ». 

Uber est né sur un mythe : « taxi introuvable et taxi désagréable ».

Et, paraît-il, le fondateur d’Uber a eu l’idée de créer Uber à Paris.

AS : Oui, c’est ce qu’il dit, est-ce vrai ou faux il est le seul à le savoir. 

Selon toi pourquoi la licence a fortement chuté.

MT : c’est l’offre et la demande. Avant nous avions le monopole, nous étions les rois du pétrole et d’un seul coup une concurrence directe nous est tombée dessus. C’est une vengeance.

AS : Vengeance de qui ?

MT : C’est les clients qui se sont vengés sur les taxis.

AS : C’est nouveau ce que tu dis Mohamed, jusqu’à aujourd’hui, sauf erreur, je n’ai entendu personne parler de vengeance des clients vis-à-vis des taxis.

MT : Oui, mais mes copains des syndicats ils tiennent à leurs sièges, ils n’osent pas attaquer. Moi j’ai rien à perdre, j’attaque. S’il y a des chauffeurs qui me suivent, moi j’y vais. J’ai l’expérience, et au tribunal, le juge m’a dit : « continuez votre combat, nous connaissons les abus des sociétés qui louent aux taxis. »

AS : Contre qui t’as gagné ?

MT : Contre « Géronimo », j’étais locataire en doublage et mon contrat a été qualifié en contrat de travail parce qu’il y avait subordination et on m’a remboursé les charges patronales.

AS : C’était à quelle période ?

MT : J’ai saisi la justice en 2002 et le jugement a été prononcé en 2011.  

AS : Est-ce que tu conseilles aux chauffeurs de taxi locataires gérants d’aller devant les tribunaux ? 

MT : Non, mais tous ceux qui ont un contrat dans lequel il y a un lien de subordination devraient le faire, comme Mohammed Bahtiti qui a gagné contre la G7.

AS : Oui, mais dans le cas Bahtiti/G7 il s’agissait du contrat radio.

MT : Peu importe le contrat, dès qu’il y a lien de subordination il faut aller au tribunal.

AS : Si les 10 000 chauffeurs affiliés à la radio G7 intentaient une procédure judiciaire, il y aurait une grave crise, tu ne penses pas ?

MT : Oui, mais il s’agit de respecter le droit.

AS : Que réponds-tu à ceux qui disent : « je ne peux pas attaquer la G7 parce que sans elle je ne pourrais pas travailler ».

MT : La G7, c’est une société de services, il y a une réglementation, moi j’utilise ma station et le droit de charger sur la voie publique. Je trouve des clients dans la rue. Si la G7 fait faillite, le client trouvera le moyen de prendre un taxi, soit en station soit en descendant dans la rue.

AS : Ou alors ils vont appeler Uber.

Mohamed Tombari : Oui, ils peuvent appeler Uber et alors ?

AS : Cela dit, le taxi aujourd’hui résiste bien, non ?

MT : Oui, mais jusque quand ?

AS : C’est donc la raison de ton action avec un collectif taxi pour aller devant le tribunal ?

MT : Oui, il faut faire constater les infractions par un huissier et même un journaliste avec une caméra et ensuite aller devant le tribunal pour dénoncer ce désordre.

AS : Et les syndicats, tu leur as parlé de cette situation ?

MT : Les syndicats tiennent à leurs sièges ils ne veulent pas se fâcher avec le préfet. Moi c’est différent, dans trois ans je serai à la retraite, ce n’est pas pour moi que je me bats c’est pour le futur de mes collègues qui doivent travailler encore dix, vingt ou trente ans.

AS : C’est tout à ton honneur Mohamed que de penser aux jeunes générations. Mais pour mener à bien ce projet, il faut des moyens financiers.

MT : S’il y a, au moins 100 chauffeurs de taxi motivés, la charge financière pour payer l’huissier et l’avocat sera très faible individuellement.

AS : Admettons, tu as ton collectif de chauffeurs, vous demandez quoi ?

MT : L’application de la loi. Il faut que l’arnaque vis-à-vis des clients s’arrête, que cette arnaque soit le fait des chauffeurs de taxis ou de VTC ou de clandestins. Il faut une répression adaptée pour endiguer ce désordre.

AS : Je pense que la majorité des taxis, hormis ceux qui ne respectent pas la réglementation, seront d’accord avec toi, mais il y a un fait visible, c’est l’absence de volonté politique pour mettre fin au désordre.

Mohamed Tombari : C’est pourquoi il ne nous reste que la justice.

AS : Et les manifestations ?

MT : Ça ne marche plus, ça fait plus de mal que du bien à l’image des taxis.

AS : Merci, Mohamed, d’être venu partager tes idées avec nous.

MT : Merci à vous de m’avoir donné la parole.

AS : Pour ceux qui liront cet entretien et qui veulent rejoindre Mohamed ou qui veulent réagir, laissez vos messages sur notre site : www.taxinews.fr

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